Bruxelles face à l’urgence : une note “considérable” pour débloquer la formation du gouvernement
À plus de 560 jours d’intervalle des élections de juin 2024, Bruxelles espère enfin voir naître son exécutif. Le formateur Yvan Verougstraete a remis le 25 décembre aux sept partis concernés une note budgétaire et programmatique, destinée à jeter les bases d’une coalition de centre-gauche baptisée “Guinness”. Mais le défi reste de taille : sept partenaires, un budget serré et un délai très court pour parvenir à un accord.
Un format inédit pour sortir de l’impasse
Concrètement, la “coalition Guinness” vise à associer les francophones PS, Ecolo et DéFI aux néerlandophones Groen, Vooruit et CD&V, avec le soutien espéré d’Open VLD et du député indépendant Fabian Maingain. Le libéral MR, traditionnel acteur incontournable à Bruxelles, en a été écarté, marquant un tournant dans l’équilibre politique régional. Cette configuration à sept partis n’a pas d’équivalent dans l’histoire bruxelloise, où les gouvernements comptaient généralement moins de composantes.
Le choix d’un format aussi large répond à l’impératif de construire une majorité solide dans un Parlement fragmenté : le groupe francophone atteint désormais 37 sièges sur 72, grâce à l’arrivée de Soulaimane El Mokadem au PS. Cependant, maintenir l’unité de sept sensibilités différentes, qui vont des socialistes aux écologistes en passant par les chrétiens-démocrates, s’annonce particulièrement délicat.
Les enjeux budgétaires au cœur des négociations
La note du formateur, qualifiée de “considérable” par une source interne, détaille le budget et propose plusieurs pistes d’économies. En pratique, Bruxelles doit réduire son déficit tout en préservant la qualité des services publics, de la mobilité à la santé. Le formateur y table sur des arbitrages forts notamment dans les subsides aux associations, les projets d’infrastructure et la gestion des dépenses de personnel.
Mais les arbitrages risquent d’être douloureux : PS et Ecolo se disputent depuis longtemps sur l’ampleur des investissements verts et sociaux, tandis que les néerlandophones, préoccupés par la compétitivité économique, plaident pour des mesures plus libérales. Concilier ces approches opposées sur les coupes budgétaires et les priorités de dépense sera l’un des défis majeurs pour que la note ne finisse pas au coffre-fort des négociateurs.
Équilibres communautaires et alliances fragiles
Au-delà du volet financier, la formation d’une coalition bruxelloise implique un savant dosage communautaire. À sept partis, la répartition des compétences exécutives devra tenir compte des équilibres linguistiques : chaque famille politique réclame des responsabilités à la hauteur de sa représentation. En l’absence du MR, la “piste Guinness” se veut le miroir d’une capitale francophone-néerlandophone unie, mais elle repose sur l’harmonie de forces politiques qui n’ont pas toujours convergé.
Le renfort de Soulaimane El Mokadem au groupe PS, arrivé de la gauche radicale, a renforcé numériquement la majorité francophone. Cependant, son profil plus revendicatif sur les politiques sociales et le logement pourrait tendre les discussions avec les partenaires écologistes et humanistes. À terme, le moteur de la coalition risque de toussoter si les partis ne parviennent pas à un compromis sur les grandes lignes de la politique générale.
Risques et fragilités d’une coalition à sept
Associer sept partis expose la future majorité à des risques d’instabilité : chaque décision stratégique nécessitera un large consensus, multipliant les points de blocage possibles. Les désaccords sur la répartition des portefeuilles, le calendrier des réformes ou encore les priorités budgétaires pourraient rapidement éroder la cohésion. En pratique, un seul retrait ou une abstention d’un partenaire lors d’un vote crucial pourrait paralyser le gouvernement.
Par ailleurs, le MR exclu promet de jouer l’opposition la plus dure depuis des années à Bruxelles. Son positionnement critique pourrait accroître la pression sur la coalition, notamment sur les dossiers de mobilité et de fiscalité. De même, les soutiens externes espérés – Open VLD et Fabian Maingain – ne sont pas formalisés et pourraient se révéler insuffisants si un vote serré se présente.
Un calendrier serré pour parvenir à un accord
Le formateur a fixé un calendrier très resserré : les partis ont jusqu’au 31 décembre pour formuler leurs remarques sur la note, avant des entretiens bilatéraux prévus les 5 et 6 janvier 2026. En pratique, cela laisse à chaque formation une poignée de jours pour analyser un document jugé volumineux et sensible. Un rythme rapide, conforme à l’appel du roi Philippe lors de son discours de Noël, exhortant “à se mettre enfin d’accord sur un programme au service du bien commun”.
À l’issue de ces discussions, la phase la plus délicate débutera : la traduction des grandes lignes en un accord de gouvernement, puis son approbation devant le Parlement bruxellois. À terme, l’enjeu est de sortir d’une impasse record de 560 jours et d’offrir à la capitale fédérale un exécutif capable d’agir rapidement sur les défis du quotidien, qu’il s’agisse de l’extension du métro, de l’accompagnement social ou de la relance économique.
Olivier Meynaerts est un éditorialiste aguerri avec une expérience dans le domaine de l’analyse et de la critique. Reconnu pour sa capacité à interpréter l’actualité avec perspicacité, il offre des perspectives éclairées et provocantes. Sa plume incisive et son engagement envers une information de qualité font de lui un leader d’opinion respecté, guidant notre équipe avec détermination.


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