Rénover son logement en Wallonie et à Bruxelles : quelles aides à la rénovation pouvez-vous demander ?

25 Fév 2026 | Actualité | 0 commentaires

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Rénovation énergétique : la prime fait place au prêt, quel impact pour les ménages ?

En Wallonie comme à Bruxelles, les pouvoirs publics abandonnent progressivement les subventions directes au profit de prêts à taux zéro ou préférentiels pour soutenir la rénovation des logements. Cette bascule soulève de nombreuses questions sur l’accessibilité financière, la capacité du secteur du bâtiment et l’atteinte des objectifs climatiques.

Des ambitions climatiques fortes, un parc immobilier encore largement énergivore

Au cœur des stratégies wallonne et bruxelloise, l’amélioration des performances énergétiques des bâtiments répond à des obligations européennes strictes. La Wallonie vise un label PEB moyen de niveau A d’ici à 2050, alors que la majorité de son parc affiche aujourd’hui des labels F et G. À Bruxelles, la cible est plus immédiate : éradiquer d’ici à 2033 les « passoires » thermiques consommant plus de 275 kWh/m², un seuil que près de 43 % des logements dépassent actuellement. Concrètement, seuls 57 % des appartements bruxellois respectent le standard PEB E, ce qui traduit l’urgence et l’ampleur du chantier.

Dans ce contexte, la question du financement se pose avec acuité. Selon une étude de Febelfin, près de 21 % des ménages belges manquent de liquidités ou redoutent de contracter un prêt pour engager des travaux d’isolation, de chaudière à haute performance énergétique ou de pompe à chaleur. Grâce aux aides publiques, les familles modestes peuvent surmonter ce frein, mais la fin annoncée des primes change la donne.

En Wallonie, un dispositif transitoire jusqu’à fin 2026

La Région wallonne a décidé de maintenir un système de primes à la rénovation jusqu’au 30 septembre 2026 avant de passer exclusivement aux prêts à taux zéro ou à taux préférentiels. Pendant cette période, les propriétaires peuvent encore solliciter des subventions pour une large palette d’interventions : isolation des murs, remplacement de menuiseries, installation de pompes à chaleur ou de chaudières biomasse. Pour être éligible, le logement doit avoir plus de 15 ans, être destiné à l’habitation (plus de 50 %) et respecter un plafond de revenus fixé à 122 800 € bruts annuels.

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En pratique, l’obtention d’une prime impose plusieurs étapes obligatoires. D’abord, un audit énergétique réalisé par un expert agréé doit être clôturé avant le début des travaux. Ensuite, l’ensemble du chantier doit être terminé et facturé avant la date butoir. « Le gros problème, c’est le planning des entrepreneurs, notamment des couvreurs dont les agendas sont hyperchargés », alerte Jacques Fraipont, consultant au Guichet Énergie de Namur. Les propriétaires qui démarrent leur dossier aujourd’hui risquent de manquer de marge pour finaliser les travaux avant le 30 septembre 2026.

Enfin, les dossiers de primes souffrent déjà de délais de traitement importants : à ce jour, les demandes déposées en avril 2024 ne sont pas encore instruites. À terme, la Région promet un passage aux prêts sans intérêt, mais sans préciser encore les modalités précises.

Bruxelles, le pari d’un basculement direct vers les prêts

La Région bruxelloise a quant à elle choisi d’abandonner dès janvier 2025 son dispositif Rénolution, qui proposait 45 primes différentes, pour concentrer ses efforts sur les prêts à taux zéro. Avant ce changement, quelque 2 692 dossiers Rénolution déposés en 2024 restaient en attente de paiement : le gouvernement débloquera 56 millions d’euros pour solder ces engagements, mais aucune nouvelle subvention ne sera accordée en 2025 et 2026. « Aucune prime ne sera allouée en 2025 ou 2026 », a confirmé Ans Persoons, secrétaire d’État à l’Environnement, au Climat et à la Rénovation urbaine.

Pour ne pas laisser un vide d’aide, Bruxelles réactive parallèlement le crédit Ecoreno du Fonds du logement. Accessible aux propriétaires et aux locataires, il propose un prêt à taux préférentiel de 2,5 % à 3,5 % selon les revenus, sous forme de crédit à la consommation (jusqu’à 25 000 €) ou de crédit hypothécaire. En revanche, on ignore encore le calendrier et les conditions exactes des futurs prêts sans intérêt que la Région souhaite mettre en place d’ici à la fin de l’année.

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Entre accessibilité financière et saturation du secteur

Le passage des primes aux prêts suscite des débats importants. Les prêts à taux zéro sont souvent présentés comme plus efficaces budgétairement et responsabilisants pour les emprunteurs, mais ils restent inaccessibles aux ménages aux revenus modestes ou instables. Comment, après l’arrêt des primes, les 21 % de foyers incapables de financer leurs travaux pourront-ils continuer à améliorer leur confort et réduire leur facture énergétique ?

Par ailleurs, la perspective d’une « ruée » de demandes avant la fin du régime de primes wallon crée un risque de congestion pour les entrepreneurs. Le secteur, déjà tendu, pourrait connaître des délais supplémentaires si les chantiers ne parviennent pas à s’enchaîner dans les temps impartis. En Région bruxelloise, l’incertitude sur les modalités et le lancement des nouveaux prêts retarde la planification des travaux pour de nombreux propriétaires.

Quels enjeux pour la cohésion sociale et territoriale ?

À terme, la réussite de cette transition dépendra de la capacité des pouvoirs publics à garantir un accès équitable à la rénovation énergétique. Sans un dispositif solide pour accompagner les ménages les plus précaires, le risque d’accentuer les inégalités territoriales et sociales pourrait fragiliser l’atteinte des objectifs climatiques. Comment coordonner l’offre et la demande, tout en assurant la transparence et la clarté des aides ?

Les prochains mois seront cruciaux : en Wallonie, il faudra absorber l’afflux final de demandes avant fin 2026 et finaliser le dispositif de prêts. À Bruxelles, la déclinaison concrète des prêts à taux zéro devra être précisée pour éviter un « trou » dans le soutien financier. En attendant, les propriétaires, locataires et professionnels du secteur scrutent de près les annonces et calendriers régionaux, conscients que l’efficacité de ces mécanismes déterminera la trajectoire énergétique du parc belge pour les décennies à venir.

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