Exécution liée au trafic de drogue : la cour d’assises de Bruxelles ouvre l’année sur une rivalité sanglante entre clans rivaux

5 Jan 2026 | Actualité | 0 commentaires

Rate this post

Un procès historique pour un assassinat lié au trafic de cocaïne internationale

La Cour d’assises de Bruxelles ouvre le 5 janvier 2026 le procès de neuf membres du clan Copja, accusés d’avoir planifié et commandité l’assassinat d’Ardit Spahiu à Molenbeek en novembre 2020. Pour la première fois, un jury populaire devra se prononcer sur la base de milliers de messages interceptés via la messagerie cryptée SKY ECC, soulevant des questions inédites sur l’admissibilité de ces preuves numériques. Ce procès met aussi en lumière l’ampleur et la violence du narcotrafic international, qui fait de Bruxelles un maillon clé du réseau albanais.

Une exécution minutieusement programmée

Le 27 novembre 2020, peu avant 18 heures, Ardit Spahiu, surnommé « petit Arjan », est retrouvé criblé de balles dans un espace vert à Molenbeek-Saint-Jean. Dix-huit douilles de calibre 9 mm témoignent de la violence de l’attaque, perpétrée vraisemblablement par deux tireurs équipés d’armes automatiques. Les enquêteurs estiment qu’au moins neuf tirs ont atteint la victime, qui n’a eu aucune chance de fuir.

Originaire d’Elbasan en Albanie, Spahiu était impliqué dans des laboratoires clandestins de transformation et de coupe de cocaïne à Bruxelles. Concrètement, il aurait rejoint la Belgique en 2019 pour échapper à des règlements de comptes dans son pays. Son élimination découle d’une rivalité ancienne entre deux clans albanais, les familles Alibej-Spahiu et le clan Copja, dont l’influence s’étend de l’Italie au Royaume-Uni.

L’enquête numérique au cœur du dossier

Les investigations ont été coordonnées par la division homicide de la police judiciaire fédérale et le parquet fédéral, avec l’appui décisif des données de SKY ECC, infiltrée par les autorités belges. Moins d’un an après le meurtre, la police a récupéré plusieurs milliers de messages chiffrés, qui forment désormais la colonne vertébrale du dossier répressif.

Lire aussi :  NovaCity I : La Révolution de la Mixité Verticale à Bruxelles

Ces échanges révèlent des mois de repérages et plusieurs tentatives avortées. Six jours avant l’exécution, un message attribué à l’un des tueurs, F. M., s’exaspère : « P… de m…, ça m’énerve pour aujourd’hui, il nous a échappés pour trois minutes ». Quelques minutes après la mort de Spahiu, Franc Gergely, alias Franc Copja, et son associé M.Q. s’en félicitent à travers des émoticônes symbolisant la force : « Ils l’ont tué ! » « Ohhh, où es-tu, j’arrive ! ».

En complément, un accusé a accepté de coopérer sous le statut de témoin menacé, dévoilant certains détails logistiques et confirmant l’organigramme de l’association de malfaiteurs (informateurs, logisticiens, exécutants, commanditaires). En pratique, c’est ce croisement de preuves numériques et testimoniales qui sera soumis à l’appréciation du jury populaire.

Contestations autour des preuves cryptées

Côté défense, l’avocat de Franc Gergely, Me Gilles Vanderbeck, entend contester la légalité de la collecte des messages, l’identification des auteurs et l’interprétation policière de ces échanges. « C’est la première fois qu’un jury populaire sera amené à se prononcer sur la base de preuves issues de SKY ECC », souligne-t-il, insistant sur l’absence de précédents jurisprudentiels et sur le risque d’erreur dans la reconstitution des chaînes de communication.

Deux accusés majeurs, M.Q. et F.M., sont jugés par défaut, n’ayant pas été extradés, et affaiblissent selon la défense la cohérence de la démonstration incriminante. Par ailleurs, aucune preuve matérielle directe, comme des empreintes ou des témoignages indépendants, ne relie formellement Franc Gergely à la scène de crime, ce qui renforce la stratégie de remise en question des seules preuves numériques.

Lire aussi :  Sommet Européen d'Octobre : Bruxelles se Prépare au Grand Cirque Diplomatique

Entre Dubaï et Anvers : les enjeux d’une lutte transnationale

Le procès s’inscrit dans un contexte plus vaste : la Belgique est devenue un véritable terrain d’opérations pour le clan Copja, utilisant le port d’Anvers comme porte d’entrée des stupéfiants et Bruxelles pour leur reconditionnement et leur distribution. Selon les autorités albanaises (SPAK), cette organisation aurait fait transiter des dizaines de tonnes de cocaïne et pouvait, à elle seule, influencer les prix du marché européen.

En pratique, de nombreux narcotrafiquants ont trouvé refuge à Dubaï pour échapper aux poursuites et blanchir leurs gains. L’extradition de Franc Gergely fin 2023, première du genre entre les Émirats et la Belgique, a été saluée comme un « signal fort » par le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw. Cependant, la question demeure : comment maintenir la pression lorsque les réseaux s’appuient sur des paradis judiciaires et financiers ?

Vers une nouvelle jurisprudence numérique

Ce procès pourrait établir un précédent majeur sur la valeur légale des preuves issues de messageries cryptées infiltrées. En appelant les enquêteurs à décliner leur méthodologie devant le jury, la procédure d’assises offre un cadre plus oral et contradictoire qu’une juridiction correctionnelle. À terme, la décision des jurés déterminera si ces messages, récupérés en marge de toute coopération volontaire des suspects, constituent des éléments probants suffisants pour condamner un commanditaire présumé.

Au-delà de l’affaire Spahiu, les autorités belges cherchent à affiner leur arsenal pour lutter contre les laboratoires clandestins de découpe et les « hotspots » de vente à Bruxelles, témoins d’une violence de plus en plus marquée. Les questions restent ouvertes : le système judiciaire saura-t-il conjuguer rigueur scientifique et protection des droits fondamentaux ? Et quelles mesures viendront compléter l’arsenal policier pour empêcher les fuites vers des pays offrant l’immunité aux trafiquants ?

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles Connexes