Boris Dilliès et le défi du bilinguisme bruxellois : de l’ironie au pragmatisme
Lors de son premier discours comme ministre-président de la Région bruxelloise, Boris Dilliès a choisi l’autodérision pour répondre aux critiques sur sa maîtrise du néerlandais. En glissant un « We zullen zien » (« nous verrons »), il a voulu désamorcer la polémique. Mais derrière la plaisanterie se profile un enjeu majeur : garantir un accès égalitaire aux services publics en français et en néerlandais.
Un trait d’humour pour désamorcer la polémique
En début de semaine, interrogé en néerlandais sur les priorités de son gouvernement, Boris Dilliès a répondu laconiquement : « We zullen zien ». Cette pirouette linguistique, qui signifie « nous verrons », fait référence à ses lacunes en néerlandais révélées lors de sa prestation de serment. Concrètement, l’autodérision sert de bouclier politique : elle humanise le ministre-président et atténue la pression médiatique. Cependant, pour certains observateurs, cette angle ironique peut banaliser une question de compétence institutionnelle. L’ironie de Dilliès rappelle l’approche de certains dirigeants étrangers, comme en Suisse ou au Canada, où l’humour est parfois employé pour temporiser face aux critiques sur le bilinguisme. Mais l’ironie suffit-elle à apaiser durablement les tensions linguistiques à Bruxelles ?
Bruxelles, carrefour linguistique et enjeux historiques
Depuis sa création, Bruxelles est une région officiellement bilingue, où le français domine mais où le néerlandais reste langue officielle. Cette dualité reflète les tensions communautaires belgo-belges, héritées du partage historique entre Wallons et Flamands. À Bruxelles, moins de 10 % de la population déclare le néerlandais comme langue maternelle, tandis que le français est majoritaire. Pourtant, les débats autour de la compétence linguistique de leurs élus sont un marqueur symbolique fort. Pour beaucoup, un ministre-président bruxellois doit maîtriser les deux langues pour incarner l’égalité des communautés. En pratique, cette exigence est parfois jugée trop rigide, tandis que d’autres soulignent qu’elle constitue le socle d’une représentation politique équitable.
Accessibilité et égalité : le cœur des revendications
Au-delà de la polémique sur la langue parlée, c’est l’accès aux services publics qui inquiète. Pour Boris Dilliès, « Pour les Bruxellois, l’accès aux services publics dans leur langue est un droit fondamental ». Concrètement, cela concerne les administrations communales, les CPAS, les hôpitaux et les écoles. Pourtant, des associations et des citoyens néerlandophones dénoncent encore des formulaires unilingues ou un accueil majoritairement francophone. À terme, ces inégalités peuvent renforcer le sentiment d’exclusion chez une partie de la population. Sur le terrain, des initiatives pilotes commencent à proposer des services en néerlandais et en anglais, mais le chemin reste long pour généraliser cette pratique. Dans cette perspective, le gouvernement Dilliès doit traduire en actes sa vision du multilinguisme.
Entre critiques et soutiens : le débat sur la compétence linguistique
Les réactions à la sortie de Boris Dilliès ont été contrastées. À Bruxelles, la ministre Elke Van Den Brandt a jugé que le non-bilinguisme de son collègue « dérange », estimant qu’un dirigeant régional doit servir d’exemple. À l’inverse, plusieurs élus francophones saluent l’humilité politique du ministre-président et son engagement à renforcer les dispositifs linguistiques au sein des administrations. Les partisans du pragmatisme rappellent que la qualité d’un gouvernement ne se limite pas à la perfection individuelle mais à sa capacité à répondre aux besoins réels des citoyens. Dans d’autres régions bilingues, comme le Québec ou le canton de Berne, les responsables montrent parfois un niveau intermédiaire dans la deuxième langue, sans pour autant compromettre leur efficacité.
Au-delà de l’ironie, quelles perspectives pour le multilinguisme bruxellois ?
En filigrane de cette polémique plane la question : Boris Dilliès progressera-t-il réellement en néerlandais ? Plusieurs Bruxellois attendent de voir si cette autodérision débouchera sur un effort concret, avec des cours intensifs ou des collaborations accrues avec des services néerlandophones. Par ailleurs, le gouvernement compte deux bourgmestres bruxellois parmi ses membres, une cooptation censée renforcer la connexion avec les communes flamandes de la région. À terme, la stabilité du gouvernement Dilliès dépendra certainement de sa capacité à gérer ce volet linguistique sans céder à la caricature. En pratique, concrétiser le multilinguisme passera par la formation des fonctionnaires, la traduction systématique des documents officiels et une communication bilingue transparente. Si ces mesures s’accompagnent d’une réelle ouverture à la diversité linguistique, Bruxelles pourra transformer un défi historique en avantage stratégique.
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