Bruxelles en mouvement pour sauvegarder les sols vivants
Pour la première fois, neuf associations bruxelloises de défense de la nature et de l’agriculture urbaine s’unissent pour alerter sur l’état critique des sols dans la capitale. Face à un territoire déjà à 53 % imperméabilisé, cette coalition exige que la révision du Plan Régional d’Affectation du Sol (PRAS) intègre des mesures fortes pour préserver ces espaces essentiels à la biodiversité, à la résilience climatique et au bien-être des citadins.
Une coalition inédite face à la bétonisation croissante
Concrètement, c’est un signal fort envoyé aux autorités : We Are Nature.Brussels, Bleu et Bruxelles Environnement, parmi six autres acteurs, réclament une protection accrue des sols vivants lors du prochain PRAS. Aujourd’hui, plus de la moitié de Bruxelles est recouverte par du bitume ou du béton, un taux d’imperméabilisation qui se situe dans la moyenne haute des métropoles européennes. Cette artificialisation rapide résulte de la spéculation immobilière et de la pression pour construire davantage de logements et d’infrastructures.
À terme, ces associations craignent la disparition des dernières parcelles où la vie microscopique du sol peut s’épanouir. Elles pointent également la pollution par les hydrocarbures, les métaux lourds et les remontées de remblais, conséquences des aménagements mal encadrés. Leur mobilisation vise à faire évoluer le PRAS non pas seulement comme outil de développement urbain, mais comme levier de protection écologique.
Des services écosystémiques indispensables à la ville
Les sols vivants remplissent plusieurs fonctions clés. Premièrement, ils constituent le substrat de la biodiversité : bactéries, champignons, arbres, insectes et petits vertébrés en dépendent pour se nourrir et se reproduire. « Les sols sont en fait le substrat de toute la nature et toute la biodiversité, y compris en ville. Quand on les détruit, on réduit l’espace naturel disponible », explique Jean-Baptiste Godinot, administrateur de We Are Nature.Brussels.
Ensuite, ces sols jouent un rôle dans la régulation thermique. La végétation qui s’y développe permet de limiter l’effet d’îlot de chaleur lors des vagues de chaleur estivales, un enjeu crucial alors que les canicules deviennent plus fréquentes. Par ailleurs, les sols perméables absorbent jusqu’à plusieurs dizaines de litres d’eau par mètre carré, freinant les ruissellements et réduisant le risque d’inondation. Ils filtrent enfin les particules et certains polluants atmosphériques, contribuant à améliorer la qualité de l’air dans une capitale dense.
Santé mentale et sécurité alimentaire au cœur du débat
Au-delà de l’environnement, l’accès à des zones de nature en ville agit comme un puissant remède contre le stress et la dépression. Les études montrant que la présence d’espaces verts réduit l’anxiété se multiplient. « L’accès à des espaces naturels permet de réduire la dépression et de réduire l’anxiété », insiste Jean-Baptiste Godinot. Les potagers collectifs, fermes sur les toits ou pépinières locales enrichissent cette dynamique, en apportant un contact direct avec la terre et un sentiment d’utilité sociale.
En pratique, l’agriculture urbaine renforce aussi la sécurité alimentaire locale. En cultivant des légumes, des fruits et des herbes aromatiques à proximité des quartiers, ces initiatives réduisent les distances de transport, favorisent une alimentation de saison et diminuent la dépendance aux circuits longs. Mais elles nécessitent des sols de qualité, non contaminés et suffisamment profonds pour assurer une production saine.
Le PRAS, carrefour des enjeux climatiques et urbains
Révisé tous les dix ans, le Plan Régional d’Affectation du Sol fixe les règles d’urbanisme à Bruxelles. Il définit les zones bâties, agricoles, naturelles ou réservées au développement. Dans le contexte actuel de changement climatique, maintenir des sols vivants est crucial pour adapter la ville aux dérèglements à venir. « Maintenir des sols vivants va permettre d’adapter la ville aux impacts du changement climatique », rappelle We Are Nature.Brussels.
Cependant, la révision du PRAS se heurte à un dilemme : comment concilier la forte demande de logements et la préservation des espaces verts ? Les promoteurs soulignent que restreindre les terrains constructibles pourrait freiner l’offre immobilière et peser sur les prix. Les pouvoirs publics, quant à eux, doivent arbitrer entre des intérêts économiques, sociaux et environnementaux souvent contradictoires. C’est dans ce contexte que les neuf associations souhaitent peser, en proposant des critères précis : renforcement des zones agricoles, quotas de perméabilité minimale pour chaque projet, et évaluation systématique des impacts sur la biodiversité.
Regards européens et pistes pour l’avenir
Plusieurs grandes métropoles ont déjà intégré l’enjeu des sols vivants dans leurs plans d’urbanisme. Amsterdam a ainsi imposé un ratio de surface verte fonctionnelle par habitant, tandis que Berlin labellise les projets immobiliers respectant un pourcentage minimal de sols permeables. À Copenhague, la « cité résiliente » vise une couverture végétale de 25 % du territoire d’ici 2035, avec un plan de récupération des espaces dégradés.
À Bruxelles, un tel objectif nécessiterait d’inverser la tendance actuelle d’artificialisation. Les associations appellent à un dialogue renforcé entre urbanistes, citoyens et acteurs économiques, afin de co-construire des solutions adaptatives. Elles pointent aussi le besoin de financements publics stables pour l’entretien des espaces verts partagés, et d’incitations fiscales pour les promoteurs qui intègrent la nature au cœur de leurs projets. À terme, l’équilibre entre densification et préservation permettra non seulement de limiter les risques climatiques, mais aussi d’améliorer la qualité de vie et la cohésion sociale dans la capitale belge.
Olivier Meynaerts est un éditorialiste aguerri avec une expérience dans le domaine de l’analyse et de la critique. Reconnu pour sa capacité à interpréter l’actualité avec perspicacité, il offre des perspectives éclairées et provocantes. Sa plume incisive et son engagement envers une information de qualité font de lui un leader d’opinion respecté, guidant notre équipe avec détermination.


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